Letra
[Intro]
Deux heures treize,
le périph' respire encore.
Les fenêtres font semblant de dormir.
Moi aussi.
[Verso 1]
J'ai mis mes silences dans la doublure,
des rêves froissés sous la fermeture.
Le ciel est orange au-dessus des grues,
Paris maquillé quand personne regarde plus.
Le téléphone éclaire un visage fantôme,
des « tu deviens quoi ? » auxquels jamais je réponds.
J'ai connu des rois sans royaume,
des types en survêt' qui parlaient comme des patrons.
Ascenseur cassé, on montait par orgueil,
sixième sans lumière, panorama sur le deuil.
Aujourd'hui les vitres sont fumées dans la berline,
mais j'reconnais encore l'odeur froide des cuisines.
J'ai les poches calmes, la mémoire bruyante,
des prénoms rayés d'une écriture tremblante.
On voulait l'horizon, pas la photo devant,
maintenant même le succès me demande qui j'étais avant.
[Pre-Coro]
Les néons sont malades,
ils clignotent sur nos visages.
On sourit dans les vitrines,
mais personne voit les fissures dans l'image.
J'entends la ville en sourdine,
comme un message vocal qu'on n'efface pas.
J'ai quitté certaines rues,
certaines rues m'ont jamais quitté, moi.
[Coro]
Néons malades sous mes paupières,
j'vois des soleils au fond des parkings.
On voulait monter sans prendre l'escalier,
maintenant le sommet ressemble au vide.
Néons malades, cœur sous cellophane,
j'fais le mec solide quand la nuit me scanne.
Si demain m'appelle, dis-lui d'attendre un peu,
j'ai encore deux-trois fantômes à déposer dans le feu.
[Verso 2]
Une étoile Michelin au-dessus d'une assiette,
mais j'ai connu la faim qui te rend les mains honnêtes.
Des parfums chers sur des souvenirs low-cost,
on change de décor, pas forcément de poste.
J'ai vu l'amour partir sans claquer la portière,
juste un « prends soin de toi » perdu dans la lumière.
Depuis j'écris des phrases que personne ne reçoit,
j'les transforme en refrains, au moins elles reviennent vers moi.
Les scooters découpent le boulevard en diagonale,
sirènes bleues sur les flaques, aquarelle municipale.
Un type vend des roses à trois heures du matin,
j'me demande qui achète encore des preuves qu'on tient à quelqu'un.
On m'dit « profite », j'apprends toujours le verbe,
j'ai grandi avec l'idée qu'un bonheur se conserve.
Alors même quand ça brille, j'garde un œil sur la sortie,
chez nous les belles choses avaient souvent une petite autonomie.
[Pre-Coro]
Les néons sont malades,
ils clignotent sur nos visages.
On sourit dans les vitrines,
mais personne voit les fissures dans l'image.
J'entends la ville en sourdine,
comme un message vocal qu'on n'efface pas.
J'ai quitté certaines rues,
certaines rues m'ont jamais quitté, moi.
[Coro]
Néons malades sous mes paupières,
j'vois des soleils au fond des parkings.
On voulait monter sans prendre l'escalier,
maintenant le sommet ressemble au vide.
Néons malades, cœur sous cellophane,
j'fais le mec solide quand la nuit me scanne.
Si demain m'appelle, dis-lui d'attendre un peu,
j'ai encore deux-trois fantômes à déposer dans le feu.
[Verso 3]
J'ai plus peur du silence que des gyrophares,
il connaît mon prénom, il sait quand il est tard.
Dans le rétro, les lampadaires font des pointillés,
comme si la ville voulait m'apprendre à oublier.
J'ai croisé mon passé devant une pharmacie,
il avait la même veste et presque la même vie.
J'ai baissé les yeux comme devant un miroir,
y'a des versions de nous qu'il vaut mieux pas revoir.
Un café tiède posé sur le tableau de bord,
la Seine toute noire avale les reflets d'or.
On parle de millions avec la voix fatiguée,
comme si l'argent savait réparer les étages condamnés.
J'veux pas finir statue dans mon propre quartier,
ni devenir l'histoire que les petits vont copier.
Si j'ai couru si vite, c'était pas pour être premier,
c'était pour que mes démons aient du mal à me rattraper.
[Puente]
Coupe les phares.
Laisse Paris passer sur le pare-brise.
Pas besoin de parler.
J'entends tout.
Même ce qu'on n'a jamais dit.
[Coro Final]
Néons malades sous mes paupières,
j'vois des soleils au fond des parkings.
On voulait monter sans prendre l'escalier,
maintenant le sommet ressemble au vide.
Néons malades, cœur sous cellophane,
j'fais le mec solide quand la nuit me scanne.
Si demain m'appelle, dis-lui d'attendre un peu,
j'ai encore deux-trois fantômes à déposer dans le feu.
Néons malades, la ville nous dévisage,
on vieillit doucement derrière les vitrages.
J'ai changé d'adresse, pas changé de météo,
y'a toujours un peu d'hiver caché sous mon manteau.
[Outro]
Quatre heures huit.
Premier métro.
La ville recommence.
Comme si de rien n'était.